Novembre 08

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Hank Willis Thomas - Pitch Blackness - Aperture
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1- Winter in America, Two Guns

2- Branded, Priceless #1, 2004

3- Branded, A Bullet with His Name on It, 2004

4- Studio X, In Loving Memory of, 2007

5- Couverture du livre

Hank Willis Thomas, in Pitch Blackness, Aperture, octobre 08
© Hank Willis Thomas

Songha est mort.

Ce jeune homme de 27 ans, promis à un avenir brillant et très bien entouré, commençait à porter les fruits de tout l'espoir et l'énergie investis par ses proches pour faire de lui tout ce qu'il pouvait être. Pitch Blackness nous invite dans son enfance, au milieu de ses réunions de famille, chez sa grand-mère, parmi ses copains de fac, dans les soirées avec son pote Hank, celui qui a composé ce Requiem photographique... Tout doucement, on apprend  à le connaître. On s'attache.

Puis, Songha est mort.

Braqué sur un parking, il a été exécuté par des gangsters alors qu'il n'opposait aucune résistance. Son visage est calme sur sa photo d'autopsie.

Hank Willis Thomas démonte l'événement, le transcrit en planches façon BD, avec des GI Joe à la place des protagonistes. Il en démonte aussi les conditions, en retirant le texte d'images publicitaires destinées au marché afro-américain pour exposer ce qui affleure, ou en détournant des campagnes de pub connues où il introduit des personnages noirs. Les messages ironiques et dissonnants font sourire, mais la rage gronde sous chacun de ces montages. L'ambigüité du photographe face à sa propre communauté est palpable, dès le titre : pour désigner les ténèbres absolues, on emploie en anglais l'expression pitch darkness. Pitch Blackness, alors, ce sont les ténèbres d'être noir.

Bien sûr, lorsque l'on est soi-même un jeune homme de 27 ans qui n'a pas l'impression d'avoir encore vécu une seule minute de sa vie, la trajectoire documentée par Hank Willis Thomas touche d'autant plus profondément. Comme un certain monsieur Obama l'a montré récemment, il y a de nombreuses manières d'être noir, et de nombreuses manières d'être blanc, et de nombreuses nuances dans l'intervalle. Plus fondamentalement, il n'est nul besoin d'être croyant pour croire en la sympathie.

 

Hank Willis Thomas, Pitch Blackness, Aperture, octobre 08

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Michael Wolf - The Transparent City - Aperture
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Michael Wolf, in The Transparent City (Aperture, novembre 08)

Michael Wolf a eu l'occasion de réaliser à Chicago le fantasme des milliards de citadins qui peuplent la planète : espionner au téléobjectif la vie mystérieuse des habitants de l'immeuble d'en face. Une intrigue amoureuse, un complot - et pourquoi pas un meurtre ? Michael Wolf n'a rien vu de tout celà.

Le voyeurisme n'était qu'une des facettes de sa démarche. Commissionné en 2007 par le Musée de Photographie Contemporaine de Chicago, le travail de Wolf porte sur l'influence de l'architecture sur la vie  sociale, professionnelle, et privée des habitants du centre-ville. C'est en 2005, lorsqu'il découvre Chicago depuis un train aérien, qu'il vient pour la première fois à Wolf l'envie de photographier la cité et ses clash architecturaux. Car à Chicago, un édifice au style néo-gothique côtoie un building de verre ultra-moderne, les différences de niveau entre un immeuble et son voisin peuvent atteindre des dizaines d'étages, et l'on est souvent surpris de rencontrer des appartements privés là où l'on attendrait des bureaux, et réciproquement.

Ces clichés, rassemblés dans The Transparent City, sont un pendant du travail récent de Wolf sur  la ville de Hong Kong, Architecture of Density (2004). La terrifiante linéarité de la métropole asiatique laisse ici la place à des panoramas urbains variés, qui occupent plusieurs plans. Mais on retrouve le même souci plastique, graphique, et ce même sentiment d'oppression qui tient à l'absence de ligne d'horizon.

Les longues nuits de novembre sur les toits de Chicago n'ont pas permis à Wolf d'assister à de ténébreuses affaires. Elles laissent l'image d'une gigantesque termitière monotone et routinière, où la solitude est palpable, entre réunions de bureau et soirées qui s'étiolent devant l'ordinateur ou la télévision. Une vacuité qui renforce le  vertige provoqué par ces images à la beauté angoissante.

Entre cols blancs et maillots de corps,  l'imagination n'a pas grand-chose à se mettre sous la dent. À moins que tout ne se passe derrière les portes fermées de couloirs que l'objectif n'atteint pas, derrière les stores baissés, ou dans les pièces obscures d'une ville finalement bien opaque.

 

Michael Wolf, The Transparent City, Aperture, New York, parution novembre 08

Voir The Transparent City sur www.photomichaelwolf.com

Acheter The Transparent City sur www.aperture.org

 

Michael Wolf expose son travail au Museum of Contemporary Photography de Chicago, du 14 novembre 08 au 31 janvier 09

Voir la page de l'exposition sur www.mocp.org

 

Michael Wolf signera son livre le vendredi 14 novembre 08 chez Colette, 213 rue Saint-Honoré Paris 1er, de 18h à 19h.

À l'occasion de Paris Photo 2008, la Fondation Aperture, qui édite notamment The Transparent City, s'invite chez Colette en compagnie de quelques-uns de ses photographes favoris : Takashi Homma, Eikoh Hosoe, Michal Chelbin et Erwin Olaf.

 

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