Février 12
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Chic Cityrats (CCr) : Qui est A.J. Fosik et où vit-il ?
A.J. Fosik (AJF) : AJ Fosik est un géant, il occulte le soleil. Son énorme moustache est noire comme le charbon et absorbe toute la lumière autour de sa tête à l'exception de deux points rougeoyant comme la braise là où ses yeux devraient se trouver, son regard fait pleurer les enfants et les tyrans. Il vit dans le cœur de ceux qui font éclater le visage de la médiocrité sous le marteau de leurs propres cris, de leur rage, de leur existence... et à Philadelphie, il vit aussi à Philadelphie.
CCr : Comment et pourquoi as-tu adopté le medium de la sculpture peinte ?
AJF : Pour autant que je me souvienne, l'idée a été propulsée depuis les tréfonds des plus noires profondeurs de ma psyché dans un ultime effort désespéré visant à m'éviter de passer quarante années à pousser des papiers sur un bureau pour faire la richesse d'un autre.
CCr : Pourquoi le folk (dans tes travaux) ?
AJF : Le "folk" est un langage qui ne demande pas trop d'efforts de compréhension - un peu comme quand un ivrogne montre le poing.
CCr : Pourquoi les animaux (dans tes travaux) ? De nombreuses espèces font leur apparition (ours, cheval, félins) : quels sont leurs rôles respectifs ?
AJF : Je ne prête jamais d'attention à l'espèce des animaux dans mon travail, je crée des abstractions animales, des fétiches existentiels. Je crée de petits mémos pour ne pas oublier de laisser derrière soi toutes les choses sans importance et de s'insurger contre l'abîme ténébreux.
CCr : Tu viens de Detroit. Quelle est ta vision de l'endroit ? Proche de la description de South Park qui en fait l'Enfer sur Terre ? Ou est-ce plutôt un paradis ? Ou quelque chose de totalement différent ?
AJF : Detroit est une épave post-industrielle couverte de rouille, une sorte d'égoût moisi sur lequel pousse, parfois, une fleur magnifique. Ensuite cette fleur se fait généralement trucider pour une paire de chaussures ou pendant une bagarre à un coin de rue. En toute honnêteté, je recommande à tout le monde d'y passer ses vacances au moins une fois, principalement comme mesure préventive pour éviter un avenir terrifiant.
CCr : Comment est-ce que ton travail actuel s'articule avec ce que tu faisais auparavant (street art, faux panneaux de signalisation...) ?
AJF : Voici un bilan complet de la façon dont ma vie et mon travail ont changé depuis que j'ai arrêté le street art...
J'ai maintenant le bout des doigts 10% plus court, j'ai vu 2% du monde en plus. J'ai 0% plus de confiance et de respect pour la police, j'investis 21% de plus de mon revenu dans des machines pour transformer le bois. Je crois 33% plus fort en le sacrifice de tout ce qui existe sur l'autel de la créativité. Les semelles de mes chaussures durent 9,8% plus longtemps. J'ai rencontré 11% plus de gens en personne qu'avant je ne connaissais que pour ce qu'ils écrivaient sur les murs, je kicke la vie dans les boules 13% plus fort, j'ai un taux d'alcoolémie de 0,2%.
A.J. Fosik : Stiff Meat
Du 6 septembre au 1er octobre 08
Galerie L.J. Beaubourg, Paris