Novembre 08
Ocean to Outback marque les 25 ans de la National Gallery de Canberra, qui orchestre ici une vraie démonstration de force en exposant de nombreux chefs-d'œuvre issus de sa collection. Ocean to Outback est aussi une prouesse logistique, puisque le show voyage deux ans durant à travers toute l'Australie - littéralement, de l'océan à l'outback, terme qui désigne les régions rurales arides, les plaines désertiques qui s'étendent au-delà du bush.
La NGA de Canberra remplit ainsi pleinement sa fonction, en promouvant l'art australien auprès des Australiens, pour qui cette importante partie de leur patrimoine est parfois éloignée d'un continent entier.
Ocean to Outback est importante, aussi, par sa teneur. Les douzaines de toiles exposées appartiennent à un registre central de la peinture australienne : la peinture de paysage. Un genre plus important qu'ailleurs dans cette contrée gigantesque, dont la terre a changé de valeur en changeant de mains : sacrée pour les Aborigènes, elle a ensuite été exploitée par les colons.
Le siècle qui sépare 1850 de 1950 a vu le plein essor de cette peinture, dont les évolutions jalonnent la relation des Australiens à leur territoire. Ces images ont aussi intéressé les foules au point de les attirer dans leurs musées pour y découvrir des œuvres issues de leur propre culture, un mouvement pas si naturel dans un pays majoritairement peuplé de récents arrivants.
On suit la progression des pionniers, tel Thomas Baines et son monumental baobab esquissé lors d'une exploration du nord-ouest du pays dans les années 1850 (Gouty stem tree, 1868). On rencontre les premiers colons s'installant à l'européenne pour un déjeuner sur l'herbe dans A Sunday Afternoon Picnic de Tom Roberts (v. 1886). Et l'on découvre le pays vu du ciel, embarqués dans l'avion de Margaret Preston. Son Flying Over the Shoalhaven River (1942), inspirée de la gravure sur bois et de techniques aborigènes traditionnelles, rappelle l'importance du topos de l'exploration dans l'imagination australienne du XXème siècle.
On discerne aussi des correspondances entre la marche de la peinture australienne et celle de la peinture occidentale. Le naturalisme de Thomas Baines laisse la place à l'impressionnisme de Tom Roberts, qui cède devant le symbolisme éthéré d'Elioth Gruner (Autumn Morning, v. 1916). Plus tard, une toile comme Sandringham Beach de Clarice Beckett (v. 1933) a tiré les leçons du post-impressionisme et intégré l'influence de la photographie. Enfin, Wallaroo de Jeffrey Smart (1951) est imprégnée de cet onirisme métaphysique qui caractérise le surréalisme à l'italienne.
De haut en bas :
Thomas Baines, Gouty stem tree, Adansonia Gregorii, 58 feet circumference, near a creek south east of Stokes Range, Victoria River, 1868, huile sur toile, 45,2 x 66,5 cm, National Gallery of Australia, Canberra, acquisition de 1973
Tom Roberts, A Sunday afternoon, v. 1886, huile sur toile, 41 x 30,8 cm, National Gallery of Australia, Canberra, acquisition de 1984
Elioth Gruner, Autumn morning, v. 1916, huile sur toile montée sur carton, 34,5 x 44,4 cm, National Gallery of Australia, Canberra, Collection Oscar Paul, don de Henriette von Dallwitz et de Richard Paul en l'honneur de son père, 1965
Clarice Beckett, Sandringham Beach, v. 1933, huile sur toile, 55,8 x 50,9 cm, National Gallery of Australia, Canberra, acquisition de 1971
Margaret Preston, Flying over the Shoalhaven River, 1942, huile sur toile, 50,6 x 50,6 cm, National Gallery of Australia, Canberra, acquisition de 1973, © Margaret Preston, licensed by VISCOPY, Australia, 2007
Jeffrey Smart, Wallaroo, 1951, huile sur contreplaqué, 68,4 x 107 cm, National Gallery of Australia, Canberra, acquisition de 1959, © Jeffrey Smart
Ocean to Outback: Australian Landscape Painting 1850–1950
The National Gallery of Australia's 25th Anniversary Travelling Exhibition
Du 3 août 07 au 3 mai 09